Novembre 2024. 128 kg. Personne ne mise sur moi. J'ouvre une caméra. Ni plan, ni budget, ni certitude que ça marche — juste une échéance impossible et la décision de tout montrer, y compris quand ça ne marche pas.
Sur le chemin : 57 000 abonnés additionnés sur quatre plateformes, environ 4,6 M de vues et impressions par an, tous formats confondus. Ce document n'est pas un récit de motivation. C'est un décorticage méthodique de ce qui fonctionne, poste après poste — reproductible pour n'importe quel athlète, même sans point de départ spectaculaire, et même sans garantie d'arriver au bout.
On me dit souvent : « Toi c'est facile, t'as une bonne histoire. » Faux. 128 kg n'accroche personne en soi. Ce qui accroche, c'est une question sans réponse garantie : est-ce qu'il va y arriver ? Trois ingrédients construisent cet enjeu, indépendamment du point de départ.
Pas « un jour l'UTMB ». Le 29 août 2030. Une date crée une tension qu'un objectif flou ne crée jamais.
15 Running Stones nécessaires pour le tirage au sort. J'en ai 1. L'échec est une option réelle, et je ne le cache pas.
Ma sortie la plus dénivelée à ce jour : 632 m. La course que je prépare en exige 1 256. Je montre l'écart avant de l'avoir comblé.
Ce triptyque fonctionne pour un coureur qui vise un chrono, quelqu'un qui revient de blessure, ou un créateur qui débute. Le point de départ change. La mécanique non.
Sur plus d'une publication par jour documentée depuis novembre 2024, le même squelette revient — avec une variante selon la plateforme.
Jamais une phrase d'intention. Le plus souvent, un chiffre brut : « 5h50 d'effort », « 676e sur 679 ». Sur LinkedIn, l'ouverture la plus performante s'est jouée sans aucun chiffre — une tension émotionnelle directe.
Ce qu'on attendait vs. ce qui s'est passé. « Le plus dur ? Pas le dénivelé. Pas le boulot. C'est de faire les deux en même temps. »
Rythme de course plus que rythme de dissertation. Une idée par ligne.
Le post ne se termine pas sur une leçon plaquée, mais sur une question ou une continuité : « Pas encore sûr de quoi. »
« Au départ, 45 ans, 128 kg, souffle court, cœur grand. Course après course, le chiffre baisse et l'histoire s'accumule. À la 10e, je fais 118 kg. Moins 10 kg, plus 10 histoires. Et toi, c'est quoi ta première course ? »
« De 128 kg à l'UTMB 2030 : 10 courses, 1 vision » — 981k vues sur Instagram. Deux adaptations propres au format monté : le chiffre-bilan revient en clôture (94,69 km parcourus, 1 249 m de D+), et la répétition structurée fait office de contradiction — dix courses, dix fois le même rythme.
Les posts les plus performants ne sont pas ceux qui annoncent une victoire. Ce sont ceux qui documentent un écart, une régression, ou un doute — publiés avec la même régularité que les bons résultats.
Le 15 mai, 676e sur 679 à la VVX. Ce résultat, présenté brut, a généré autant d'engagement qu'une bonne performance deux semaines plus tard sur la même course.
Fréquence pratiquée : ~1 publication longue par semaine, complétée par des posts courts liés à l'actualité immédiate.
« Pourquoi j'ai gaspillé de l'énergie mentale pendant 2h » — 1 327 vues, liste de 15 destinataires.
Le contenu qui documente un doute circule au-delà de l'audience acquise, relayé d'une plateforme à l'autre.
Une vidéo par jour, de novembre 2024 à fin avril 2026. Script, tournage, montage. Seul. Sans budget pour déléguer une seule étape.
C'est la partie invisible du travail — celle qui explique pourquoi la régularité tient dans la durée : parce qu'elle est industrialisée dès le départ, pas improvisée poste après poste. La question n'est jamais « qu'est-ce que je poste aujourd'hui », mais « quel est le prochain script dans la séquence ».
C'est aussi la limite du modèle en solo : le temps de production plafonne le volume. Déléguer une partie de la chaîne — écriture ou montage — devient nécessaire pour que la régularité ne coûte pas la préparation.
Le même enjeu circule sur quatre plateformes, avec un traitement différent à chaque fois. Une seule histoire, trois grains différents.
Format court, preuve visuelle immédiate.
Le format court qui alimente le trafic vers les autres canaux.
La mécanique expliquée, le lien avec l'expertise professionnelle.
« Les Lents en Mouvements » — la version longue, l'analyse post-course.
Sans budget presse, sans attaché de communication. Dans chaque cas, c'est le contenu publié chaque semaine qui a été trouvé — jamais une démarche presse.
Cette méthode ne dépend pas d'avoir perdu 60 kg ou de viser une course mythique. Elle dépend de trois choses que n'importe qui peut mettre en place. C'est un travail de structuration, pas un don narratif.
Identifier son propre enjeu réel — l'endroit précis où l'issue n'est pas garantie.
Documenter l'écart avant de l'avoir comblé, pas seulement la réussite finale.
Tenir un rythme de publication régulier, y compris — surtout — quand le résultat n'est pas bon.
Le dénouement de mon propre projet n'est pas écrit. Il reste 14 Running Stones à trouver avant 2030, et rien ne garantit que j'y arrive. C'est ce risque-là que je documente, pas celui que je cache.
J'aide aujourd'hui d'autres athlètes et créateurs du secteur outdoor / trail à structurer leur propre parcours : trouver l'enjeu, assumer l'écart, tenir le rythme.